Mort d'un homme heureux

Mort d'un homme heureux

Giorgio Fontana

Seuil

  • 28 mars 2016

    Milan, 1981. Giacomo Colnaghi, substitut du procureur, dirige l'enquête sur l'assassinat d'un membre de la Démocratie chrétienne par une branche dissidente des Brigades rouges, la Formation prolétarienne combattante. Contrairement à la plupart de ses collègues qui veulent arrêter et punir ces jeunes qualifiés de terroristes rouges, Colnaghi cherche surtout à comprendre. Catholique pratiquant, d'origine modeste, fils d'un résistant communiste tué par les fascistes, le magistrat essaie de concilier sa foi et son idée de la justice avec l'héritage paternel et les revendications de ceux qu'il est chargés d'arrêter. Ainsi, malgré les attentats, les enlèvements, les assassinats, Colnaghi voudrait trouver autre chose que la violence pour répondre à la violence. Cherchant sans cesse les origines du mal, les responsabilités de l'Etat et les solutions à apporter, il demeure incompris de sa famille qu'il néglige un peu, mais aussi des brigadistes qui font de lui une cible. Car le dialogue n'est plus possible dans l'Italie des années de plomb...

    Mort d'un homme heureux est le livre d'un homme bon, car plein de doutes. Et ce sont ces doutes qu'analyse Giorgio Fontana dans un roman doux-amer qui raconte une époque pesante, celle des années de plomb, et un magistrat qui tente de comprendre la société dans laquelle il vit. Guidé par sa foi -en Dieu et en la justice- mais loin d'être aveuglé par elle, Colnaghi révèle l'ambiguïté de ses positions intellectuelles. Devenu un bourgeois et perçu comme tel, il reste le fils d'un ouvrier communiste fusillé pendant la guerre. Ce père qu'il a peu connu, dont il ne sait que ce que sa mère et quelques proches ont bien voulu lui raconter, reste pourtant très présent dans ses pensées. Il aime d'ailleurs fréquenter un petit bistrot ouvrier, se mêler à ces travailleurs, pour un peu se sentir proche de cet homme trop tôt disparu. C'est par lui qu'il comprend qu'on peut mourir pour ses idées. Ce passé familial le met en apathie avec les jeunes qu'il interroge et poursuit en justice. Il reste cependant impuissant à les convaincre de choisir une autre voie que la violence pour faire aboutir leurs revendications. Pour l'extrême-gauche, ce réformiste, humain et respecté, devient l'homme à abattre car il fait vaciller leur système de valeurs...
    Roman des hommes de convictions broyés par l'Histoire, Mort d'un homme heureux est une bulle de bonté et de paix dans un monde de violence, un roman attachant, humain et lumineux.