Le monde sensible

Le monde sensible

Nathalie Gendrot

Éditions de L'Olivier

  • Ce livre de Nathalie Gendrot est une plongée dans le corps meurtri d'une jeune femme renversée par une voiture. Elle raconte les conséquences psychologiques qui perdurent longtemps après avoir été sauvé, elle réinvente une vie après être sorti d'un long tunnel. Un monde de sensibilité(s) où le protagoniste, lui, ne bouge pas face à cette traversée de la douleur, cette sensation de n'avoir plus de prise sur son propre corps.


  • 8 février 2016

    sous morphine

    Un roman étrange et vaporeux, audacieux puisqu'il raconte en trois scènes un voyage intérieur, avant, pendant et après l'accident qui mène à l'hospitalisation et à la morphine. Regarder ailleurs et se permettre de dire ce qui ne peut s'exprimer autrement. On délire paisiblement avec Nathalie Gendrot, on dérive vers une douleur insoutenable et on se pose les questions essentielles du corps en souffrance qui refuse de se battre puis se révolte pour la survie.


  • 31 janvier 2016

    expédition à l'intérieur de soi

    Parmi les premiers romans de cette rentrée d’hiver, retenons celui de Nathalie Gendrot, qui raconte un moment de la vie d’une jeune femme grièvement blessée dans un accident.
    Sur son lit d’hôpital, son corps inerte devient le réceptacle des perceptions qui lui parviennent entre vie et mort, entre veille et sommeil. Avec un style très sensuel, l’auteure nous transmet cette expérience fascinante. Delphine est géographe. Elle voudrait voyager, voir du pays, embrasser la vastitude et franchir les frontières, mais elle craint l’inconnu, elle redoute l’imprévu ; elle a peur de la vie. Un jour, Delphine rencontre un homme : enfin une aventure en territoire étranger. En se rendant à son rendez-vous amoureux un soir de pluie, elle traverse la rue et se fait renverser par une voiture. Trou noir. Elle se réveille à l’hôpital, paralysée, le corps relié à des machines par des sondes et des tubes qui s’enfoncent dans sa chair. Elle n’est plus qu’une gisante, réduite à la conscience immédiate de ce qui l’entoure : le lit, les appareils, le son de la télévision, les allées et venues des infirmières et des médecins. Delphine enregistre ce que perçoivent ses sens renaissants, comme les odeurs caractéristiques de l’hôpital, les bruits du jour, ceux de la nuit. Immobile et passive sur son matelas, elle se laisse laver, nourrir, changer ; on ne lui demande rien, sauf le plus difficile peut-être, quantifier sa douleur selon une échelle numérique. La patiente est mise régulièrement à l’épreuve de l’auto-évaluation, sommée de résoudre cette équation impossible qui ne trouve sa solution que dans la morphine. Quand le calmant miraculeux s’introduit dans ses veines et se répand dans son être, Delphine est absorbée tout entière dans la bulle de ce Morphée aux ailes d’ange qui la préserve de la difficulté d’être, et se love dans une volupté inédite, au risque de s’y perdre… Nathalie Gendrot signe là un roman impressionniste où les sensations les plus aiguës de l’héroïne sont relatées dans le hors-champ de l’hospitalisation. Cette écriture sensorielle, non dénuée d’un humour de résilience face au prosaïsme des situations vécues, gravit dans certaines pages des hauteurs poétiques étonnantes. 

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