Une famille passagère

Une famille passagère

Gerard Donovan

Seuil

  • 27 octobre 2016

    Septembre 1938, dans la station balnéaire de Margate, la narratrice profite qu’un landau soit resté sans surveillance dans une fête foraine pour partir avec l’enfant dans sa voiture, une Austin Ruby (une voiture très courante à l’époque).

    Au fil des pages, des éléments apparaissent : l’acte a été soigneusement prémédité et on apprend quelques informations sur la narratrice. Elle vit pour ainsi dire dans sa voiture et possède avec elle tout ce qu’elle a. Après une première nuit passée dans un hôtel avec l’enfant, le lendemain et les jours suivants, la voiture sert pour dormir, manger alors qu’elle va d’une station balnéaire à une autre. Elle décide que l'enfant est à elle et qu’il s’appelle Albert.
    Si la narratrice fait preuve, par moments, de lucidité, elle nous livre aussi ses réflexions, ses pensées sur la famille où une certaine folie transparait. Elle veut tenter d’être une mère, elle pense et qu’elle est apte à le faire. Le personnage de cette femme est froid et inquiétant. Et quand l’enfant tombe malade, elle semble prendre conscience que l'élever va la priver de ses plaisirs égoïstes peu nombreux.

    Gerard Donovan installe une ambiance très particulière, très troublante. On a vraiment l’impression d’être dans ces stations balnéaires d’avant-guerre de l’Angleterre qui se vident des touristes avec un côté désuet et on ne peut s’empêcher d’éprouver une angoisse grandissante. L'écriture est très précise mais aussi empreinte d'une poésie et permet d'accentuer l'ambiance. J'ai tout aimé !

    "Une famille se compose d'un mari, d'une épouse, d'une maison et d'un enfant. Je pouvais déjà me considérer comme une des composantes ; il manquait les trois autres. "

    "Mais il paraît que les yeux restent identiques durant toute la vie : les yeux qui sont témoins de l'enfance le sont également de la vieillesse. Le même cœur bat comme avant la naissance. Je n'avais rien manqué. En fait, lorsque j'y pensais, seules quelques années et quelques expériences nous séparaient, cet enfant et moi, voire la même expérience répétée au cours de nombreuses années. Albert ne devait pas se faire du souci à propos du degré d'intimité que nous allions atteindre avec le temps."