Que faire ?, petit traité d'imagination politique à l'usage des Européens
EAN13
9782012378216
ISBN
978-2-01-237821-6
Éditeur
Fayard
Date de publication
Collection
TAPAGE
Nombre de pages
179
Dimensions
19 x 13 x 1 cm
Poids
216 g
Langue
français
Code dewey
324.218

Que faire ?

petit traité d'imagination politique à l'usage des Européens

De

Fayard

Tapage

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I?>Le défi européen de l'écologie
politique?>Mon itinéraire politique?>Depuis près de trente ans, l'écologie politique représente pour moi la meilleure réponse aux défis de nos sociétés toujours plus incluses dans un espace planétaire global. J'entends l'écologie politique dans son sens le plus large : une pensée perpétuellement enrichie par le développement de nos connaissances sur les relations de l'homme à son environnement et des individus à la société, et également une pratique politique régie par les principes fondamentaux de cette pensée. La force de l'écologie politique, c'est d'abord sa volonté et sa capacité d'interagir en conscience aussi bien à l'échelle globale qu'à l'échelle locale, de représenter et d'intervenir dans l'ici et maintenant en gardant toujours à l'esprit la vie et les droits de l'Autre lointain ; celui qui habite dans une autre région de la planète et celui qui constituera les générations à venir. Cette vision élargie de l'écologie est celle qui sait articuler pratiques individuelles et conscience collective, et qui prend simultanément en compte ce que Félix Guattari appelait l'écologie environnementale, l'écologie sociale et l'écologie mentale.Certains m'opposent encore souvent que je ne suis pas un écologiste pur sucre. Mon engagement écologique est pourtant ancien, et quelquefois – c'est sûrement le bénéfice de l'âge – plus ancien que celui de bien des « figures » actuelles de ce mouvement. Il est vrai que, dans la mémoire collective française, mon passé demeure encore systématiquement associé au rôle que j'ai pu jouer, voici plus de quarante ans, lors d'événements, certes importants, mais qui ne durèrent guère plus de quelques semaines. Il n'y a qu'une quinzaine d'années que je suis député européen et c'est surtout depuis mon élection en France en 1999 que cet engagement a pris une certaine visibilité de ce côté-ci du Rhin. Par ailleurs, mon investissement dans les questions internationales et la défense des libertés civiles dans le monde m'est toujours apparu inséparable de mon implication dans les luttes antinucléaires et écologiques. Je suis en effet un écologiste atypique au regard des canons convenus. Mon transnationalisme congénital, renforcé par les aléas migratoires de ma vie, m'a toujours amené, comme le disait dès 1972 le grand biologiste René Dubos, à « penser global et à agir local ». Sauf que je n'ai jamais su ni voulu réduire le sens de l'action politique au local. Bien avant 1968, j'avais déjà la conviction qu'il fallait aussi « agir global » pour espérer influer politiquement sur le cours des choses. Dans les années 1960, il était en effet clair pour moi que ce qui se jouait derrière les soulèvements étudiants dans plusieurs régions de la planète représentait quelque chose de plus vaste sur le plan sociétal, culturel et donc politique que de simples revendications se rapportant au statut de la jeunesse de l'époque.Avant 1968, j'ai eu la chance de voyager aux États-Unis, de voir en action le mouvement pour les droits civils et contre le racisme, d'assister à l'émergence de la mobilisation sur les campus universitaires contre la guerre du Vietnam et de découvrir aussi l'impact du mouvement hippie. J'ai été frappé par ce désir de dizaines de milliers de personnes d'expérimenter d'autres formes de vie plus communautaires et plus soucieuses du rapport de l'homme à la nature. Cette découverte de la contre-culture américaine m'a marqué au même titre que la lecture de Wilhelm Reich, Herbert Marcuse et des autres penseurs de l'époque. À ce moment-là, on ne parlait pas encore véritablement d'écologie, mais ma vision du monde, déjà fortement empreinte de la pensée antiautoritaire et de la culture libertaire, s'en est trouvée profondément affectée. C'est en partie ce qui explique mon atypisme par rapport à mes amis en 1968 et le fait que ma parole ait eu davantage d'écho que celle des autres « figures » de la contestation. Une autre rencontre va aussi influer significativement sur mon passage à cette « seconde vie politique » que sera ensuite l'écologie : c'est celle que je fais en 1967 avec le mouvement Provo d'Amsterdam. Amsterdam, bien plus que Londres, était, en Europe, le véritable berceau de la nouvelle contestation ; une sorte de pendant de ce qui se déroulait au même moment à San Francisco. On peut dire aujourd'hui, avec le recul de l'histoire, qu'il s'agissait vraisembla blement du premier groupe écolo-activiste des années 1960. Ils prônaient une transformation radicale du cadre de vie urbain, notamment à travers la réappropriation de la ville par les cyclistes et en s'opposant à la toute-puissance de l'automobile. Leur opération « vélos blancs » fut reprise plus tard par la municipalité où certains de leurs amis étaient entrés en force par la grâce d'une élection où ils firent un gros score. Cette mise à disposition gratuite d'une armada de bicyclettes participa à une transformation des rapports sociaux entre les habitants et elle a indiscutablement inspiré les nombreuses initiatives qui ont fleuri ces dernières années dans plusieurs villes françaises et européennes.
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