Confessions d'un banquier pourri
EAN13
9782213643229
ISBN
978-2-213-64322-9
Éditeur
Fayard
Date de publication
Collection
DOCUMENTS
Nombre de pages
233
Dimensions
21 x 13 x 0 cm
Poids
308 g
Langue
français
Code dewey
364.168

Confessions d'un banquier pourri

De

Fayard

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1

Dernières illusions

Tout a commencé à la fin des vacances. Je m'étais offert trois semaines de farniente à Cavalaire, près de Saint-Tropez, dans notre nouvelle maison payée cash trois millions d'euros au printemps précédent. Elle étrennait ses façades toutes blanches après des travaux pharaoniques suivis de près par Isabelle. (Isabelle, c'est ma femme.) Dix pièces, six chambres avec terrasse, huit salles de bains, une piscine à débordement, un accès direct à la mer et du personnel à demeure. Une vraie réussite. « Il était temps ! s'était écriée mon épouse, jamais en retard d'une vacherie. Après tous les sacrifices que j'ai faits... »

Des sacrifices ? Je travaille pour La Banque depuis quinze ans, naviguant entre New York et Paris au gré des nominations, grimpant les échelons un à un. À force de ténacité, j'ai fini par devenir numéro deux en 2007 (certains perfides diront numéro trois), un peu par hasard, en profitant d'une guerre de succession au cœur du directoire. Bien sûr, Isabelle avait dû gérer un retour en catastrophe sur Paris, mais de là à parler de sacrifices... La vérité, c'est qu'elle n'a jamais eu confiance en moi. Je ne suis pas énarque, pas même issu d'une grande école de commerce. Circonstances aggravantes : mes parents ne font pas partie de l'élite et j'ai passé mon bac à Limoges. Pour une demoiselle B..., fille d'un cadre de l'industrie pharmaceutique, la pilule était dure à avaler. Je l'avais séduite avec des costumes Saint Laurent et ma montre à complications. Quand on s'était rencontré, je vivais très au-dessus de mes moyens, mais mon salaire doublait régulièrement. J'y croyais. Elle aussi. Elle m'avait suivi avec la vague impression de s'être fait rouler en découvrant, après notre mariage, le pavillon de mes parents, à Panazol. Elle était enceinte de Chloé. J'avais acheté une Jaguar d'occasion. Elle était restée.

Quinze ans plus tard, Isabelle affichait la panoplie de la femme comblée : bijoux, sacs de marque, duplex dans le VIIIe arrondissement, abonnement au Ritz Health Club, « parce que c'est plus près de la maison ». Et maintenant la propriété à Cavalaire. Tout ça sans lever le petit doigt. Ou presque. Naguère séduisante, ma femme s'était transformée en quadra un peu sèche et tout juste polie. Côté couche conjugale, j'ai droit au minimum syndical. C'est maigre, mais je fais avec.

Le mois d'août a été parfait. Isabelle avait bien essayé de plomber l'ambiance en énumérant longuement les insolences de Chloé depuis sa puberté, je m'en moquais totalement. À treize ans passés, ma fille est belle et intelligente. Elle me ressemble et j'ai toutes les indulgences à son égard. J'avais désamorcé les conflits en lançant des invitations à tour de bras. Finalement, c'est assez simple de jouer au couple parfait, perdu au milieu d'une dizaine de convives. De temps en temps, j'embarquais Chloé à Saint-Tropez. On y croisait quelques connaissances enracinées chez Sénéquier.

C'est ainsi que j'ai pris un verre, début août, avec Nouriel Roubini, un copain économiste à New York. Je me souviens parfaitement de la conversation que nous avons eue sur cette terrasse mythique, face aux yachts qui paradaient sur le port. Nouriel émergeait à peine du sommeil et sans doute d'une bringue mémorable. Surnommé le « Cassandre de Wall Street » à cause de ses prédictions alarmistes, ce type possède d'immenses qualités et seulement deux petits défauts : le goût des fêtes et une absence totale de respect pour l'establishment financier. Ça a dû lui jouer quelques tours, mais ça nous a rapprochés. Aux États-Unis, les banquiers français ont la réputation d'être d'excellents convives qui savent choisir le vin et distraire les dames. Dès lors, il est assez simple, pour un expatrié comme je l'étais à l'époque, d'être invité partout. Nouriel faisait partie des gens que j'appréciais et dont j'admirais la ténacité. Depuis de longs mois, Mister Doom (Monsieur Mauvais présage !), comme le surnomme les journalistes, annonçait le pire dans l'indifférence générale : la crise des subprimes allait entraîner une crise systémique, la faillite de plusieurs banques et une longue récession de l'économie américaine qui se propagerait à l'étranger, tel un feu de forêt. Rien que ça. Je connaissais ses théories, mais, ce jour-là, j'avais plutôt envie de m'intéresser à ses récentes conquêtes.

« Ça donne quoi, cet été ?

– Écoute, on voit arriver de jolies choses. Ça vient des pays Baltes, de Hongrie... Voire de Roumanie.

– De Roumanie ? Elles ont assez d'argent pour venir jusqu'ici ?

– Il faut croire qu'elles investissent... »

Après quelques échanges sur les prestations de ces estivantes, Nouriel était revenu à son sujet de prédilection : la chute de l'Empire américain.
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