2, Le Talisman écarlate (Le Cycle du Trillium, tome 2)
EAN13
9782253121596
ISBN
978-2-253-12159-6
Éditeur
Le Livre de poche
Date de publication
Collection
LIVRE DE POCHE (2)
Séries
Le cycle du Trillium (2)
Nombre de pages
573
Dimensions
18 x 11 x 0 cm
Poids
274 g
Langue
français
Langue d'origine
anglais
Code dewey
848
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2 - Le Talisman écarlate (Le Cycle du Trillium, tome 2)

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1

Cette année-là, le printemps et la fin des pluies hivernales se faisaient attendre depuis bien longtemps dans le monde éclairé par les Trois Lunes. De tardives moussons avaient inondé les basses terres de la Péninsule et accumulé de hauts monticules de neige au pied de la Tour de l'Archimage, sur le versant méridional du Mont Brom. Et la nuit où arriva le petit fugitif du nom de Shiki, il tombait de la neige fondue.

Le gypaète qui lui avait servi de monture à travers la bourrasque mugissante était trop fourbu pour utiliser sa voix mentale, et n'avait donc pas prévenu ses compagnons de la Tour. Aussi son arrivée causa-t-elle stupeur et consternation. A peine l'oiseau géant se fut-il posé sur le toit glissant qu'il s'affaissa et rendit son dernier souffle. Sur le moment les serviteurs de la Dame Blanche ne virent même pas le fardeau qu'il avait transporté si fidèlement vers le sud. Le majestueux corps, à l'exception des ailes, de la queue et de la tête, était tout entier gainé d'une pellicule de glace. Le manteau de cuir qui avait protégé Shiki, recroquevillé sur le dos de l'oiseau au cours de ce terrible voyage, était aussi raide qu'une armure et comme soudé à l'énorme cadavre. Le fugitif lui-même était si proche du trépas qu'il n'eut pas la force de ramper pour sortir de sous son abri, et il aurait pu périr si les gardes de l'Archimage n'étaient accourus à sa rescousse. Ils virent tout de suite que c'était un membre du Peuple de la Montagne, qu'il appartenait à la même race d'aborigènes vispis qu'eux-mêmes, mais manifestement à une tribu inconnue, du fait de sa petite taille.

— Je suis Shiki. J'apporte des nouvelles à la Dame Blanche, parvint-il à articuler. Une chose épouvantable est arrivée dans le nord... Au Tuzamen. Je... je dois lui dire...

Il ne put poursuivre et tomba inanimé, rêvant de sa femme morte et de ses deux enfants morts. Shiki eut l'impression qu'ils lui faisaient signe dans son rêve enfiévré, qu'ils l'exhortaient à les rejoindre dans un royaume doré de paix et de chaleur, où fleurissaient des Trilliums Noirs sacrés sous des cieux sans nuages.

Comme il aspirait à y retrouver les êtres qu'il chérissait ! Etre enfin libéré de la souffrance et de l'impitoyable fardeau du devoir ! Mais il n'avait pas encore délivré son sinistre message. Aussi demanda-t-il aux fantômes d'attendre encore un peu, afin qu'il pût remplir sa dernière mission et informer l'Archimage du grand danger. Au moment même où il ouvrait la bouche, sa famille parut disparaître en souriant et en secouant la tête dans une brume étincelante.

Et lorsqu'il s'éveilla, il sut qu'il vivrait.

Il se trouvait au lit dans une chambre douillette, à l'éclairage tamisé. Il était bien bordé sous un couvre-lit en fourrure et ses deux mains gelées étaient emmaillotées de tissu. Une étrange petite lampe de chevet diffusait une vive lumière jaune, émanant d'une sorte de cristal sans trace de flamme. Une pluie glacée battait contre la croisée, mais la pièce était bien chaude, quoiqu'il n'y eût point de feu de cheminée ni de poêle. Un subtil parfum se faisait sentir. Il tenta de s'asseoir et avisa sur une table au pied du lit une rangée d'urnes dorées, remplies de Trilliums Noirs, plantes magiques comme celles qu'il avait vues en rêve.

Debout dans l'ombre se tenait une femme de haute stature. Elle portait une grande cape faite d'un tissu blanc chatoyant qui jetait des éclairs bleus intermittents, tel un glacier. Elle avait le visage dissimulé par un capuchon et Shiki retint d'abord son souffle avec appréhension, car une aura de mystère et de puissance semblait émaner d'elle : il se sentit privé de toute force et trembla comme un enfant terrifié. Il avait déjà rencontré un être doté de ce genre d'aura, et il avait failli en mourir.

La femme rejeta son capuchon et vint à côté de lui. Doucement elle le força à se rallonger.

— N'aie pas peur, dit-elle.

La redoutable aura parut alors se dissiper, et sa détentrice ne ressembla plus qu'à une belle jeune femme aux cheveux noirs – de la race humaine et non de celle des Peuples. Elle avait des yeux d'un bleu opalescent, où brillaient de faibles lueurs dorées, ainsi qu'une bouche gracieuse au sourire grave.

Sa peur se mua en une folle angoisse. Et si après tout son voor s'était trompé de destination ? L'Archimage légendaire qu'il cherchait à rencontrer était une ancienne, la protectrice et la gardienne du Peuple de la Montagne à l'époque des Disparus. Mais cette femme semblait tout juste âgée d'une trentaine d'années...

— N'aie crainte, reprit-elle. De toute éternité, les Archimages se sont succédé, ainsi qu'il a été décrété au commencement. Je suis l'Archimage Haramis, la Dame Blanche de cette époque, et je t'avoue que je suis encore une novice dans l'art d'utiliser les pouvoirs de ma noble fonction, car je l'occupe seulement depuis douze ans. Mais dis-moi qui tu es, pourquoi tu as cherché à me voir, et je ferai de mon mieux pour t'aider.

— Dame Blanche, chuchota-t-il avec lenteur, j'ai demandé à mon fidèle voor de me conduire à vous parce que j'implore justice. Ma famille, les gens de mon village, moi-même, nous sommes tous victimes d'un terrible préjudice qui crie réparation. Mais au cours de mon voyage, tandis que je frôlais la mort, j'ai compris que nous n'étions pas les seuls à avoir besoin de votre aide. C'est le monde entier qui en a besoin.

Elle le considéra en silence un long moment. Il fut alors stupéfait de voir des larmes perler dans ses yeux.

— Ainsi, c'est donc vrai ! murmura-t-elle. Tout le pays est parcouru de frémissements d'inquiétude, de rumeurs... La discorde aurait une nouvelle fois éclaté entre les Peuples et l'espèce humaine. On parle même de dissensions entre mes deux sœurs chéries. J'ai tenté cependant de trouver des raisons ordinaires à ces troubles, parce que je ne voulais pas croire que l'équilibre du monde fût à nouveau menacé.

— Il en est ainsi ! s'écria-t-il en se redressant brusquement. Dame Blanche, croyez-moi ! Vous devez me croire ! Ma propre femme n'a pas voulu me croire et elle a été tuée, ainsi que nos enfants et nombre de nos congénères. Le malfaisant qui est venu de la Calotte Glaciaire Eternelle tient à présent tout le Tuzamen en son pouvoir. Mais bientôt... bientôt...

Il eut une quinte de toux et ne put poursuivre. Exaspéré, il se mit à s'agiter comme un aliéné.

L'Archimage leva la main.

— Magira !

La porte s'ouvrit. Une autre femme entra, s'approcha vivement du lit, et le regarda avec d'énormes yeux verts. Ses cheveux semblaient du platine finement tissé, et ses oreilles dressées étaient ornées de bijoux rutilants. Contrairement à l'Archimage qui portait une austère cape blanche, la nouvelle venue était magnifiquement vêtue d'une ample robe de cérémonie en gaze d'un cramoisi éclatant. Elle arborait aussi un collier doré et des bracelets constellés de pierres précieuses multicolores. Elle apportait une coupe de cristal contenant un sombre breuvage fumant, et sur l'ordre de l'Archimage elle l'administra à Shiki.

Sa toux cessa, en même temps que sa panique.

— Dans un moment vous vous sentirez mieux, déclara la dénommée Magira. Ne perdez pas courage. La Dame Blanche ne repousse point ceux qui s'adressent à elle.

Magira essuya le front pâle et moite de Shiki avec un chiffon doux, et il constata avec soulagement qu'elle n'avait que trois doigts aux mains. Il fut réconforté de voir que cette femme appartenait au Peuple comme lui, bien qu'elle fût de taille humaine, que ses traits fussent plus finement dessinés que les siens, et que son accent fût étrange. C'était l'espèce humaine, après tout, qui était à l'origine de l'imminente calamité.

Le breuvage médicinal avait un goût amer, mais celui-ci calma ses nerfs et lui redonna des forces. La Dame Blanche s'assit d'un côté du lit, Magira de l'autre. Au bout de quelques minutes, il se détendit et fut en mesure de raconter son histoire :

« Je m'appelle Shiki, commença-t-il, et j'appartiens au peuple des Doroks. Nous habitons au Tuzamen, dans cette lointaine région où affleurent, quasiment jusqu'à la mer, les langues de glace de la Calotte Glaciaire Eternelle. La plus grande partie de cette terre est sinistre. On n'y voit point d...
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