Les nouvelles aventures de San-Antonio., Lâche-nous les bandelettes, roman pharaonique
EAN13
9782213643793
ISBN
978-2-213-64379-3
Éditeur
Fayard
Date de publication
Collection
FAY.LITT.FRANC.
Séries
Les nouvelles aventures de San-Antonio.
Nombre de pages
270
Dimensions
20 x 13 x 0 cm
Poids
248 g
Langue
français
Code dewey
849
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Juste avant le début
se déroulèrent deux faits étranges

premier événement

Les jumeaux

Gendarmerie de Figeac – nuit du vendredi 4 au samedi 5 juillet

– Je vous jure que je l'ai tué ! J'vous juuuure !

Luc Degroncault, planton de service, réprima un bâillement d'une paume polie appliquée devant sa moustache poivrée d'Espelette. La rousseur de sa peau se persillait avec le temps de filaments jaunasses, comme certaines viandes de provenance douteuse.

– Et vous voulez porter plainte ? marmotta-t-il.

Son vis-à-vis esquissa une embardée, se raccrocha in extremis au guichet.

– Voui ! Contre moi-même personnellement !

– Vous ne préféreriez pas rentrer chez vous ? Prendre une bonne douche et vous coucher ? On en reparlerait demain...

L'homme dodelinait, titubait, vacillait, mais parvenait à préserver vaille que vaille une posture d'homo erectus.

– Vous n'êtes pas co... copératif, lieut'nant !

– Je ne suis pas lieutenant, monsieur le conseiller général, pas même officier de police judiciaire.

– Alors vous v'lez pas m'écoucouter ?

– Si, bien sûr, mais je préférerais que vous voyiez un collègue, demain à la première heure. En attendant, j'ai une petite cellule de dégrisement à vous proposer. Il n'y a personne pour l'instant, vous y serez comme un coq en plâtre !

– D'accord ! J'serais pas contre dormir en ville ! Faut quand même que j'vous raconte...

– Si vous y tenez, mais je n'ai pas la compétence pour...

– Vous croyez qu'j'ai la compétence, moi, dans mon job ? Ben, je m'le farcis quand même ! Alors, faites pas chier, capitaine !

– Je ne suis pas capitaine, monsieur le conseiller général, pas même officier de police judiciaire, je vous l'ai dit.

– Soite, soite, soite ! Mais j'ai b'soin de parler à quelqu'un de confiance. Et vous êtes cette personne d'confiance, commandant !

– Je ne suis pas commandant, monsieur le conseiller général, pas même officier de police judiciaire, je vous le répète !

– Vous devez quand même m'écouter, putain de merde ! Faut qu'j'appelle le sous-préfet, ou quoi ?

– Non, non, bien sûr, monsieur le conseiller général, je vous écoute.

– Enfin, quand même ! Voilà... J'rentrais d'un cocktail bien arrosé à Rocamadour.

– Oui, ça peut arriver à tout le monde, monsieur le conseil...

– Non ! Moi, j'ai écrasé quelqu'un, et j'veux payer...

– Comment ça, écrasé ?

Le conseiller général cligna des paupières, jugula un reflux de son œsophage.

– J'roulais tranquillement sur le causse quand j'ai aperçu les jumeaux.

– Quels jumeaux ?

– J'en sais rien, moi ! Des jumeaux pareils ! J'ai bien vu qu'ils étaient deux sur la route. Et malins, les bougres : sitôt que j'fermais un œil, y en a un qui se sauvait ! J'ai pas été dupe : j'ai visé au milieu. Et alors, paf ! j'en ai ratatiné un ! J'sais pas l'quel ! Mais à cette heure, il doit être plus macchabée que l'arrière-grand-mère de ma tante ! Je vous jure que je l'ai tué, j'vous juuuure !

**

Contrôlé à trois grammes d'alcool par litre de sang, le conseiller général Manuel Pignoli bénéficia du fait de s'être présenté spontanément aux autorités policières. Ce qui, additionné à sa notoriété de fêtard sympathique, d'élu toujours prêt à rendre service, et d'ami personnel de très influents personnages de l'État, lui valut la simple menace d'un retrait de points sur son permis.

En l'absence de toute déclaration d'un tiers, il insista pourtant sur l'accident des « jumeaux » qu'il prétendait avoir provoqué. À sa demande, on fit examiner son automobile, une Volvo XC 60 flambant neuve. L'expert commis constata un bosselage récent du pare-chocs qu'il attribua à la percussion probable d'un gros gibier que, dans son ébriété, le conducteur aurait pris pour l'un de ses fantasmatiques jumeaux.

**

L'affaire semblait oubliée lorsque, quelques jours plus tard, le jeudi 10 juillet pour être précis, le conseiller général Manuel Pignoli fut retrouvé pendu dans son salon.

Aucune lettre n'explicitait son geste fatidique, et ses relations ne lui trouvèrent non plus aucune raison plausible.

Sous la pression de hautes autorités, le meilleur flic de France fut prié de se rendre dans le Lot pour enquêter sur ce suicide énigmatique.

Ce que je fis trois jours plus tard.

second événement

La dalle

Figeac – dimanche 13 juillet, fin de journée

Sur la place Champollion, le théâtre Guignol venait de plier bagage. Les touristes regagnaient leur hôtel, traînant par la menotte leur progéniture braillarde, frustrée de voir le spectacle si vite achevé. Les bambins trépignaient, leurs parents se répandaient en promesses de sucreries et de babioles compensatoires.

Du haut de sa terrasse dominant l'esplanade, le jeune notaire, à bout de souffle, profitait des derniers rayons qui frappaient les panneaux de cuivre du musée voisin, l'éclaboussant d'incandescentes pépites.
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