Wonderful world. Chronique de la mondialisation (2006-2009)
EAN13
9782213651538
ISBN
978-2-213-65153-8
Éditeur
Fayard
Date de publication
Collection
DOCUMENTS
Nombre de pages
420
Dimensions
24 x 16 x 0 cm
Poids
696 g
Langue
français
Code dewey
320.9

Wonderful world. Chronique de la mondialisation (2006-2009)

De

Fayard

Documents

Indisponible
2006

Palo Alto, 28 janvier 2006

Google m'inquiète

Google s'installe en Chine. Mais le pacte de corruption que la compagnie californienne vient de signer avec le Parti communiste afin d'avoir accès au marché chinois est effroyable : dans la version chinoise de son moteur de recherche, Google va supprimer des milliers de mots clés : démocratie, liberté, Tibet, dalaï-lama, Taiwan. La compagnie devient ainsi complice du dernier parti totalitaire de la planète. N'est-ce qu'une affaire d'argent, et le prix à payer pour conquérir la Chine ?

Pire que cela : Google et le Parti s'assemblent parce qu'ils se ressemblent. Tous deux ont des ambitions de puissance mondiale. Les dirigeants de Google ne cessent de le répéter : ils veulent contrôler Internet et toutes les bases de données au monde. Leur projet : mettre en ligne – sans payer de droits d'auteur – la littérature mondiale dans toutes les langues. De son côté, le Parti communiste, au-delà du contrôle politique et de l'exploitation économique d'un milliard de Chinois, exige que ceux-ci pensent comme le Parti et ne réfléchissent pas par eux-mêmes. On se doute que le Parti, au-delà de la Chine, a aussi des ambitions illimitées : l'arsenal militaire qu'il accumule est destiné à servir un jour.

Par-delà le caractère anecdotique et commercial de ce pacte de corruption, la nouvelle alliance PCC-Google n'annonce-t-elle pas un monde à venir bien inquiétant ? On croyait qu'Internet allait nous libérer de toutes les attaches, et voilà qu'il nous promet un futur totalitaire, politico-technique : un web sans fenêtres. Mais ce pire n'est pas certain : Internet pourrait tout aussi bien se retourner contre Google et contre le Parti. Les dirigeants chinois sous-estiment l'intelligence et l'habileté de leurs cent millions d'internautes. Internet est devenu en Chine la première source d'information libre, malgré les efforts du gouvernement de Pékin pour le censurer : dix mille agents de la sécurité d'État sont payés pour filtrer Internet et les messageries instantanées. Mais des milliers d'internautes ont appris à déjouer les obstacles.

Google ? Tôt ou tard, il sera contourné. D'autres moteurs de recherche proposeront une information non censurée et des modes de sélection des sites autres que son critère actuel, fondé sur la popularité : Google est aujourd'hui leader parce que nous n'avons pas le choix, mais il représente un état préhistorique de la recherche. À terme, Google et le Parti perdront leur monopole, et ce, pour les mêmes raisons : l'un et l'autre auront sous-estimé le désir de liberté d'expression qu'Internet a révélé. En attendant, comment échapper à Google ? Yahoo ? Yahoo – c'est encore pire – a dénoncé le journaliste Shi Tao au Parti chinois : celui-ci envoyait des messages pro-démocratie à partir de son adresse Yahoo. Shi Tao a été condamné à dix ans de prison, pour l'exemple !

Google se trouve aussi dans l'actualité pour une autre raison : la Justice des États-Unis exige de Google les noms des internautes qui utilisent des sites pédophiles. Google refuse pour protéger la vie privée de ses clients. Sans doute sont-ils américains et pas chinois ! Il reviendra aux juges américains de trancher. Pour en savoir plus sur le combat des internautes en Chine, allez sur le site www.hrichina.com

Paris, 4 février 2006

Au secours, les Indiens !

L'« Indien » Lakshmi Mittal veut acheter le « français » Arcelor : cependant, Mittal est de nationalité britannique, et le siège d'Arcelor est luxembourgeois. Mais les stéréotypes l'emportent.

Il nous fallait vivre avec le « péril jaune », et voici les Indiens qui déboulent ! Pas annoncés du tout. Des Indiens, rendez-vous compte ! Telle est la réaction stupéfaite et quelque peu raciste des leaders politiques, syndicaux et patronaux français découvrant que le groupe sidérurgique Mittal est décidé à acquérir Arcelor. On ne voit d'ailleurs pas qui bloquera Mittal, car les actionnaires d'Arcelor (de quelle nationalité sont-ils ? on ne sait) sont disposés à vendre leurs actions jusque-là ronronnantes. Le chœur des vierges, du ministre des Finances au patron français d'Arcelor qui craint pour son fauteuil, est pathétique ; les arguments, à pleurer, et, oui, tout à fait racistes ! Les Indiens n'ont pas la même culture que nous, donc la fusion échouera, explique M. Dollé, P-DG d'Arcelor, à ses actionnaires. C'est quoi, la culture indienne ? Trop de curry, trop de films de Bollywood ? Sans doute est-il de bonne guerre des nerfs de recourir à la xénophobie et au patriotisme pour défendre ses intérêts particuliers. Mais jusqu'où peut-on aller trop loin ?

Valéry Giscard d'Estaing, d'ordinaire plus raffiné, déclare que Mittal c'est « la loi de la jungle ». Comme dans les livres de Kipling ? Et Dollé – toujours Kipling, sans doute – qualifie l'offre faite aux actionnaires de « monnaie de singe ». Ce délire révèle à quel point les Français sont étrangers à la mondialisation et à quel point les soi-disant élites ne font rien pour éduquer l'opinion.
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