La Poste au pied de la lettre, six ans d'enquête sur les mutations du courrier
EAN13
9782213654492
ISBN
978-2-213-65449-2
Éditeur
Fayard
Date de publication
Collection
DOCUMENTS
Nombre de pages
240
Dimensions
21 x 13 x 0 cm
Poids
330 g
Langue
français
Code dewey
383.494

La Poste au pied de la lettre

six ans d'enquête sur les mutations du courrier

De

Fayard

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I

Dans un monde qui change,
changer sans se renier

2003, le choc postal : moins de courrier, plus d'Internet

Malgré ces certitudes qui ont façonné la culture postale de générations en générations, l'inquiétude est palpable en 2003. Plus que l'ouverture du marché à la concurrence, « qui ne se voit pas encore », c'est la première chute du volume du courrier jamais enregistrée qui fait l'effet d'une bombe. L'un des symboles de La Poste est attaqué : la sacoche du facteur. Catastrophe, elle se vide ! Le lien traditionnel entre croissance économique et croissance du courrier s'est brisé. Depuis 1998, cela n'allait pas fort : 2,5 % en 1998 puis 1,1 % en 1999 et, en 2002, -0,1 %. Le beau tableau d'une Poste immortelle se craquelle.

Quelle sera l'ampleur de la chute ? La Poste l'estime à 2 % par an, soit 10 % de 2004 à 2007. Le chiffre est alors pressenti comme une fourchette basse... En fait, sur cette période, les postiers auront été trop pessimistes. C'est finalement la crise économique qui leur donnera raison à l'automne 2008 : un chiffre d'affaires en berne, de grands clients, acteurs de la vente à distance, face à d'importantes difficultés. 2009 : les statistiques seront encore révisées. La Poste prévoit une chute de 30 % des volumes de lettres distribuées d'ici 2015. Soit une baisse annuelle du trafic d'environ 5 %.

Même si le marché du courrier publicitaire connaît en 2003 une mauvaise passe, la baisse des volumes est loin d'être conjoncturelle ; elle s'explique par deux phénomènes irréversibles. Le premier est la substitution d'autres médias au courrier traditionnel. Internet, c'est gratuit ou pas cher. L'administration elle-même l'adopte, au travers de la carte Vitale : 200 millions d'euros en moins ! En 2003, déjà 600 000 déclarations d'impôt par Internet. Ce n'est encore rien. 7,4 millions en 2007. Deuxième phénomène : dans les entreprises, le courrier devient un poste d'achat comme les autres qu'il s'agit de réduire. Les envois mensuels deviennent bimestriels, les courriers sont regroupés ou envoyés à des tarifs plus économiques. Cela pèse sur le chiffre d'affaires de La Poste. À terme, ces grandes entreprises auront fait le tour de toutes les économies possibles. En attendant la mise en concurrence.

Et les candidats ne manqueront pas, car ce courrier est particulièrement intéressant : souvent pré-trié (pas besoin de gros centres de tris), il peut être déposé en plusieurs endroits (pas besoin d'un super réseau) et ne nécessite pas une livraison au lendemain (pas besoin de moyens de transports coûteux comme l'avion ou le TGV). Pour La Poste, perdre le courrier expédié en gros volumes par peu d'entreprises et à destination de zones urbaines où sa distribution est moins coûteuse qu'en zone rurale, c'est tout le principe de la péréquation tarifaire qui s'écroule, la livraison des petits clients (les particuliers) grâce aux gros, la campagne grâce à la ville. Voilà l'épée de Damoclès.

Comment faire pour moderniser le courrier ?

Chargé de transformer le courrier, le tandem Kozar-Redding s'est entouré d'une équipe issue de l'interne, six personnes dans un premier temps... À eux de susciter « l'envie d'y aller ». Avec le conseil de consultants extérieurs, ils cherchent à comprendre, pour les surmonter, les résistances possibles. Le courrier est une activité de main-d'œuvre, si les postiers n'en ont pas envie, rien ne changera. « On n'est plus dans l'obéissance aveugle, analyse Christian Kozar. Il faut donner envie d'obéir. » « L'envie, c'est ressembler à celui qu'on admire, c'est s'identifier à une équipe en étant exemplaire. »

Faisant le tour des projets en cours ou dans les cartons, ils ont pris pour base un projet baptisé « schéma directeur, traitement, transport ». Le fond est bon : massifier les centres de tri, simplifier l'organisation ; la forme, la méthode et l'ambition sont faibles. « Le président nous a demandé de procéder autrement, de ne pas tout définir avant de commencer, de démarrer partout en même temps et de laisser de la marge de manœuvre au terrain pour s'adapter. »

L'équipe est convaincue qu'elle doit opter pour un plan ambitieux, pas seulement un projet de producteurs, mais un projet également commercial et social, porté au plus haut de l'entreprise. Et ne pas considérer la communication comme un ornement mais comme un aspect essentiel du projet. On retrouve là des principes de la « méthode Bailly » appliquée à la Ratp.

Le projet est global sur le papier. Par précaution, il va d'abord se consacrer au tri et garder pour plus tard ce qui touche au métier de facteur. Tout entreprendre d'un coup serait mettre le feu aux poudres. Les postiers de souche le savent : la distribution, c'est le talon d'Achille de toute réorganisation. Tant et si bien d'ailleurs que le métier de facteur n'a pas changé depuis trente ans. Trop risqué, particulièrement en milieu rural.
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