Gaston Defferre
EAN13
9782213661636
ISBN
978-2-213-66163-6
Éditeur
Fayard
Date de publication
Collection
BIOGRAPHIES HIS
Nombre de pages
530
Dimensions
23 x 15 x 0 cm
Poids
626 g
Langue
français
Code dewey
320.944092
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  • Vendu par Librairie Lecomte
    Description
    fayard , 2011 - In-8°, broché, 391 pages, 16 pages de clichés en vignettes couleurs hors texte - Petit accroc sans gravité sur l'arête du second plat - Très bele ensemble par ailleurs;
    État de l'exemplaire
    Bon Etat
    Reliure
    Broché
    16.00(Occasion)
© Librairie Arthème Fayard, 2011.

ISBN : 978-2-213-66405-7

Ouvrage édité sous la direction d'Anthony Rowley

Avant-propos

Pourquoi donc écrire un livre sur Gaston Defferre ? Voilà un homme qui n'a jamais été ni chef de l'État ni Premier ministre, ce qui devrait suffire à l'écarter des dirigeants auxquels on consacre de nombreuses études. Vingt-cinq ans après sa mort, trois ouvrages seulement ont été publiés sur celui qui a régné sur la cité phocéenne pendant trente-trois ans : un bon ouvrage d'un journaliste, rédigé peu après son décès, un livre centré sur Marseille, et un album très réussi de photos accompagnées de beaux textes et réalisé par sa dernière épouse, Mme Edmonde Charles-Roux. Il n'y a même guère, à notre connaissance, de travaux universitaires le concernant, sauf sur des aspects ponctuels de son action.

C'est finalement fort peu, alors que Gaston Defferre a marqué et marque encore sa ville, son pays et aussi l'Afrique noire par ses réalisations et les lois qu'il a élaborées et fait voter. Curieuse désaffection, alors que Libération, au moment de sa mort, lui a consacré trois pages le 7 mai 1986 et les huit premières le lendemain, en évoquant les diverses facettes du personnage : « Gaston roi phocéen », « Gaston moraliste », « Gaston patron de presse », « Gaston skipper », « Gaston ministre d'État », « Gaston socialiste », le tout illustré de sa marionnette au « Bébête Show » sur TF1. Est-ce parce que, comme les écrivains, les hommes politiques passent par un purgatoire plus ou moins long après leur mort ? Est-ce parce que Marseille, avec son image de « porte de l'Orient », de ville de tous les trafics, surtout les plus illicites, de gangsters et d'insécurité, aurait déteint sur son maire ?

Il y a sans doute un peu de vrai dans tout cela, et quand on parle de Defferre on évoque facilement des clichés : sa prétendue richesse, ses liens présumés avec le milieu, son « socialisme en peau de lapin ». Seuls les plus avertis mettent en avant ses réalisations : les lois de décentralisation, la loi-cadre sur la décolonisation de 1956, très rarement celle sur la presse de 1947, trop éloignée dans le temps, sans parler de la Résistance. Et presque plus personne, même à Marseille, ne se souvient de l'état de délabrement et de ruine dans lequel était la ville au lendemain de la Seconde Guerre mondiale.

J'ai approché Gaston Defferre trois fois : la première, en 1964, alors qu'il tenait une réunion publique de candidat à l'élection présidentielle ; pour l'étudiant de Sciences-Po que j'étais, il incarnait à l'époque l'espoir d'une gauche moderne susceptible de constituer une alternative au gaullisme ; la deuxième et l'ultime fois, ce fut en 1981 et 1982, au cours d'un déjeuner et d'un dîner, respectivement à Marseille et à Paris, en tant que directeur général adjoint de Radio Monte-Carlo. À chaque fois, j'ai été frappé par la clarté et la loyauté du regard, un léger sourire malicieux et une élocution par moments hasardeuse. Les propos, toujours fermes sur le fond, étaient de temps à autre prononcés de manière autoritaire, et il n'était pas besoin d'être diplômé en psychologie pour comprendre que ce ton cachait une forme de timidité. L'homme, en tout cas, inspirait le respect.

À RMC, j'ai eu l'occasion de connaître les dirigeants du Provençal et quelques « barons » marseillais, moyen aussi de saisir indirectement les méthodes, parfois autocratiques, du patron du journal et du maire. Par la suite, j'ai pu discuter avec plusieurs de ses collaborateurs parisiens qui, eux, ne tarissaient pas d'éloges sur le bourreau de travail qu'était Defferre, sa vision claire des problèmes, sa capacité d'écoute et sa gentillesse. Alors, Defferre, Docteur Jekyll à Paris et Mister Hyde à Marseille ? La réalité n'est pas si simple. Voilà pourquoi, au moment où les rangs de ceux qui l'ont côtoyé dans ses différentes activités s'éclaircissent, j'ai eu envie d'écrire sur cet homme à propos duquel tout n'a pas été dit.CHAPITRE I

Résister

(1910-1931)

Le lundi 12 mai 1986, lors de la cérémonie œcuménique célébrée dans la cathédrale de la Major pour les obsèques de Gaston Defferre, le pasteur Marchand, de l'Église réformée, évoque un « Defferre de Nîmes qui, vers 1750, eut le courage de soutenir les “maquisards pour la foi”. De ses ancêtres Gaston Defferre [...] tenait une certaine façon de vivre et de penser ».

Sa famille connaît l'histoire subie par les siens : bûchers des guerres de religion, accalmie de l'édit de Nantes de Henri IV (1598), révocation de cet édit par Louis XIV (1685), et surtout les « dragonnades » des soldats du roi. Ces exactions conduisent beaucoup de protestants à l'exil, mais d'autres, les « camisards », se réfugient au « désert », se battent et tiennent bon. Une culture de lutte contre les persécutions et de défense des minorités naît ainsi, symbolisée par l'acharnement de Marie Durand, enfermée pour sa foi dans la tour de Constance à Aigues-Mortes et qui grave avec ses ongles, sur les murs de sa prison, un simple verbe : « Résister ». Gaston Defferre sera marqué par ces combats.

Les avanies, brimades ou persécutions n'ont en rien empêché, dès le milieu du xviiie siècle, la prospérité matérielle de beaucoup de réformés languedociens, sans qu'il soit besoin d'évoquer l'éthique chère à Max Weber et à Werner Sombart. Le grand-père maternel, Pierre Causse (1852-1931), a hérité de son père le mas de Bony, près de la Petite Camargue à Marsillargues, et exploite plusieurs dizaines d'hectares de vigne, ce qui, à la fin du xixe siècle, représente un patrimoine foncier important. Ce grand-père, officier de cavalerie passé par Saumur, a suivi les cours de l'école d'agriculture de Grignon, parcours peu fréquent y compris dans un milieu de propriétaires terriens aisés. Il mène une vie sans ostentation, même s'il fait construire à Bony une villa à l'italienne, terminée en 1902, tandis que la famille dispose à Nîmes, dans le quartier élégant du quai de la Fontaine, d'un hôtel particulier. C'est la grande époque des propriétaires viticoles du Languedoc, qui accumulent terres et immeubles.

Pierre Causse et sa sévère épouse élèvent strictement leurs cinq rejetons – un garçon et quatre filles –, mais le père, soucieux de modernité, envoie son quatrième enfant, Suzanne, née en 1882, au lycée à Paris, où elle décroche l'équivalent du premier baccalauréat. Elle reste ensuite dans la capitale, toujours avec l'accord paternel, pour suivre durant trois ans des cours de peinture à l'académie Jullian. Les photos d'époque qu'on possède d'elle montrent une jeune fille au visage plein, au regard ouvert et aux traits bien dessinés. Il n'en faut pas davantage au jeune avoué Paul Defferre, issu d'une famille protestante de juristes originaire d'Alès, pour tomber amoureux d'elle. Le jeune homme est actif, fringant, et a belle allure. Peut-être un peu trop pour Pierre Causse, mais enfin... Le mariage est célébré en 1905, et quatre enfants naîtront de cette union : Marie-Louise, dite Maryse, en 1908, Gaston le 14 septembre 1910, Monique en 1912 et Jacques en 1914.

La prime enfance du jeune Gaston se passe entre la maison des Defferre à Nîmes, quai Alphonse-Daudet, où Paul a installé son étude, et le mas de Bony, où le grand-père Causse fait régner un ordre patriarcal sans faille. Progressivement, sans explications, les séjours à Marsillargues se prolongent, ce qui n'est pas pour déplaire au petit Gaston qui, comme son grand-père, se découvre très tôt une passion pour les chevaux, nombreux au mas. Il y a une raison à cette présence grandissante de Suzanne Defferre au mas de Bony : son mari Paul n'est pas seulement un amateur de belles voitures et de séjours dans les villes d'eau ; c'est aussi un joueur invétéré – cartes, roulette, chevaux, peu importe – qui accumule les dettes. Ses talents d'avoué lui font traiter d'importants dossiers et sa mère l'aide financièrement, ce qui lui permet de rembourser, mais avoir comme gendre un joueur ne plaît guère à la famille Causse... En fait, à la déclaration de guerre, Paul est ruiné et doit vendre son étude.

À l'été 1914, la vie des Causse et des Defferre, comme celle de toutes les familles françaises, est bouleversée par...
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