Sociologie des religions
EAN13
9782200346003
ISBN
978-2-200-34600-3
Éditeur
Armand Colin
Date de publication
Collection
128
Nombre de pages
128
Dimensions
18 x 13 x 0 cm
Poids
133 g
Langue
français
Code dewey
306.6
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INTRODUCTION?>Saint-Omer, 1783. Un gentilhomme fait placer sur sa demeure un paratonnerre qui se termine par une épée : « l'épée était contre le ciel – nous raconte Alphonse Dupront. La foule ne retint que le signe blasphématoire : il y eut émeute. Nous sommes à près de trente ans des débuts du paratonnerre. Le collectif ameuté refuse d'être libéré du ciel tonnant. C'est, on le sait, un jeune avocat d'Arras qui finira par gagner la cause du blasphémateur de Saint-Omer : cet avocat s'appelait Maximilien Robespierre. »1Porteuses d'une foi dans la toute puissance de la raison, les Lumières du XVIIIe siècle ouvrent la possibilité d'une histoire humaine émancipée de la tutelle divine ; une histoire faite par une humanité « majeure », c'est-à-dire qui use de sa raison chaque fois qu'il est possible plutôt que de s'en remettre aveuglément à une autorité, suggère le philosophe Emmanuel Kant dans un texte précisément appelé Qu'est que les Lumières ?Cette modernité mise en actes par la Révolution française est une modernité qui se conçoit comme« arrachement »2 aux traditions et à la religion : « Je dirais volontiers – poursuit Alphonse Dupront – que la Révolution, elle est là, dans cette audace prométhéenne de toute une société, ou de groupes d'hommes, de faire toute seule son univers. »3La sociologie est l'héritière inquiète de cette modernité qui, à force de s'émanciper, s'est trouvée orpheline. Livrée à elle-même, la société devait chercher son chemin, tracer l'avenir en identifiant les lois qui régissent l'histoire humaine comme les lois de la nature régissent les plantes. Projetincarné par la pensée positiviste du XIXe siècle, mais qui trouve sa limite dans une expérience de réalité plus complexe. « La réflexion [sociologique] s'efforce alors, sans y parvenir jamais entièrement, de concilier deux projets : d'un côté, la volonté de produire des modèles stables de la réalité sociale [...] ; de l'autre côté, la conscience de l'expérience de situations sociales instables. »4Les auteurs classiques de la sociologie (Tocqueville, Marx et Engels, Weber) posent chacun à sa manière le même problème : que faire quand le « garant méta social » (Touraine) qu'était la religion est remis en cause ? Sur quoi fonder une société moderne en pleine révolution industrielle marquée par la dislocation des liens communautaires dits « naturels » ? Quel « sacré », quelle légitimité peut être la source des actions sociales des hommes en société ? Comme le résume Jean-Paul Willaime : « La sociologie, en tant que volonté d'analyser la société et son évolution de la façon la plus systématique et objective possible, est née du changement social ayant entraîné l'avènement de la société moderne. Son développement est donc un élément même de la modernité et le questionnement inhérent à celle-ci sur le devenir du religieux dans les sociétés industrielles lui est donc constitutif. »5Le présent ouvrage se donne pour ambition d'explorer le devenir de cette question fondatrice de la pensée sociologique des liens entre le religieux et la modernité, depuis les auteurs « classiques » jusqu'aux développements les plus récents.Les auteurs classiques les plus marquants, ceux dont l'œuvre continue d'irriguer les productions les plus actuelles, sont sans conteste Émile Durkheim et Max Weber. Le premier, s'est efforcé de fonder une théorie sociologique du religieux, c'est-à-dire qui ne l'appréhende ni comme une réalité supra-empirique, ni comme « illusion », mais comme un fait social qui s'explique par le social (chapitre 1). Le second, Max Weber, s'appuyant sur une sociologie historique et comparative, a cherché quant à lui à retracer la genèse d'une modernité définie par un processus de rationalisation qu'il voit émerger dans les traditions juive puis chrétienne (chapitre 2).La question des rapports entre religion et modernité est renouvelée à partir des années 1960 à travers les théories dites de la «sécularisation» et de« laïcisation » (chapitre 3). Ces approches provenant principalement du monde anglo-saxon pour la première, et du monde francophone pour la seconde, rendent plus ou moins compte d'un jeu à somme nulle dans lequel, plus la modernité avance, plus la religion se retire, jusqu'à se replier dans la sphère privée, aux confins de la vie sociale. Ce troisième chapitre sera notamment l'occasion d'apprécier différents modèles d'articulation entre le politique et le religieux au regard de singularités historiques et nationales (France, Etats-Unis, Allemagne, Israël) en proposant une modélisation du mouvement général de la laïcisation, toile de fond des démocraties modernes.Dans le quatrième chapitre, la pertinence des théories de la sécularisation sera interrogée à la lumière des faits observés sur le terrain. Si l'effondrement d'un modèle civilisationnel où le religieux est englobant se confirme, si la modernité pénètre jusque dans la sphère religieuse jusqu'à modifier en profondeur son mode de fonctionnement, l'apparition de nouvelles religiosités, à partir des années 1970, modifie cependant la perspective. Ce tournant empirique conduit à réévaluer l'hypothèse de la perte du religieux à la faveur d'une approche plus complexe en termes de décomposition-recomposition des croyances religieuses (chapitre 4).Les deux derniers chapitres seront plus spécifiquement consacrés à l'étude des formes actuelles de religiosités. Tout d'abord, le chapitre 5décrira les trois tendances remarquables du « croire contemporain » : son individualisation, son caractère émotionnel et son penchant à privilégier l'ici-bas à l'au-delà. Dans un dernier chapitre enfin, nous poserons la question de la « mobilité religieuse individuelle » et des conditions de son inscription dans des dispositifs collectifs stabilisés : comment faire du collectif à partir de l'individu ? Comment faire du stable à partir du fluide ? Comment faire de la norme à partir des individus autonomes ? Ce serait peut-être là, finalement, la spécificité du religieux : conjoindre l'inconciliable.1 Alphonse Dupront, Qu'est-ce que les Lumières ?, Paris, Gallimard, 1996, p. 48.2 Robert Legros, L'Idée d'humanité. Introduction à la phénoménologie, Paris, Grasset, 1990.3 Alphonse Dupront, op. cit, p. 19.4 Danilo Martuccelli, Sociologies de la modernité, Paris, Gallimard, 1999, p. 11.5 Jean-Paul Willaime, Sociologie des religions, Paris, PUF, 1995, p. 87.?>PREMIÈRE PARTIE?>LES APPROCHES CLASSIQUES?>?>1?>ÉMILE DURKHEIM ET LA RELIGION COMME CULTE DE LA SOCIÉTÉ?>David Émile Durkheim est né à Épinal, le 15 avril 18581, quatrième enfant d'une famille juive traditionnelle où l'on est rabbin, de père en fils, depuis huit générations. Étudiant jeune l'hébreu et le Talmud, destiné à cette fonction, il abandonne la foi et la pratique religieuse à l'adolescence.Nommé chargé de cours de « science morale et éducation » à la Faculté des lettres de Bordeaux, il fonde la discipline sociologique en France tout en approfondissant une question qu'il considère comme majeure : qu'est-ce qui fonde l'ordre social qui est en train de naître dans les sociétés industrielles à l'heure où la religion perd de son influence ? Pendant quinze ans, c'est par ses cours et les ouvrages qu'il publie : De la division du travail social (1893, thèse de doctorat), Les Règles de la méthode sociologique (1895), Le Suicide (1897), et par la fondation en 1897 de la revue L'Année sociologique autour de laquelle se rassemble ce qui deviendra « L'École française de sociologie », que Durkheim crée véritablement la sociologie en tant que discipline universitaire, tout en affinant ses problématiques. En 1912, il fait paraître son dernier grand ouvrage : Les Formes élémentaires de la vie religieuse. Ce livre, auquel il pense depuis 1895, consacre sa réflexion quant au fondement religieux de la société et ouvre le débat avec ses contemporains.Tombé malade à la fin de l'année 1916, il meurt le 15 novembre 1917.1. UNE CARACTÉRISATION DE LA RELIGION À PARTIR DU SACRÉ?>1.1 De la « révélation » à « l'homme double »En 1895, selon son témoignage, à l'occasion d'un cours dans lequel il aborde pour la première fois l'étude sociologique de la religion à partir de travaux d'anthropologues britanniques et ...
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