L'Historien et la foi
EAN13
9782213596488
ISBN
978-2-213-59648-8
Éditeur
Fayard
Date de publication
Collection
Littérature Française
Nombre de pages
354
Dimensions
22 x 14 cm
Poids
514 g
Langue
français
Code dewey
270.01

L'Historien et la foi

Dirigé par

Fayard

Littérature Française

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1.?>Historien et chrétien?>par MARCEL BERNOS?>Quand on naît dans une famille de culture ouvrière, athée et anticléricale1, les risques, ou les chances, de croiser une religion sont assez limités, et ceux de s'intéresser à l'histoire religieuse plutôt improbables, à moins d'opérer une véritable révolution mentale.Ce bouleversement et une première initiation à l'Autre ont été provoqués, vers ma onzième année, par la lecture des Contes et légendes de l'Égypte ancienne. Ce livre, destiné aux enfants de cet âge, m'ouvrit comme instantanément et incessamment au désir pressant de connaître la vie et les mentalités2 de gens ayant vécu à des siècles ou des millénaires de nous. Il me fit simultanément pressentir, pour la première fois, le divin. Je reste persuadé que cette découverte a été un carrefour essentiel, puisque, tout à la fois, elle orienta durablement mes curiosités vers le « métier d'historien » et posa le premier jalon d'une foi qui demanda encore plus d'une dizaine d'années pour mûrir et se manifester au milieu de questionnements, de doutes, de refus, de tâtonnements.Parmi les blocages qui ont retardé mon adhésion au christianisme ont joué, outre d'authentiques problèmes théologiques (tel le sens exact de l'Eucharistie), quelques-uns des arguments « historiques » habituels, et non dénués de force, des « libres-penseurs », aux réunions desquels mon père m'entraînait. Comment une religion qui prétendait que les hommes devaient s'aimer avait-elle pu non seulement cautionner, mais promouvoir les croisades, l'Inquisition, les guerres de Religion ? Pourquoi cette Église, censée prôner l'humilité de son maître et l'« éminente dignité des pauvres », pouvait-elle vivre dans une apparente richesse et la gloire de ses ors ? Conflit entre une foi qui se cherchait - à cet égard, la phrase de Pascal « Tu ne me chercherais pas, si tu ne m'avais trouvé » n'est pas exempte de l'ambiguïté d'un beau jeu de mots - et un début de logique historique. Il ne put se résoudre que par une double démarche d'approfondissement : un plus grand abandon à Dieu, par-delà les institutions, et une compréhension à la fois plus concrète et plus exigeante des explications historiques des faits incriminés. Le tout couronné, et finalement rendu acceptable, par le constat naïf, tardif, mais vérifié et devenu une implacable certitude, plus proche de Cioran que de Rousseau : « Quelles que soient ses convictions idéologiques (et pas seulement religieuses), l'homme n'est pas bon naturellement. » Son éducation vers une plus grande « humanité » reste toujours à poursuivre et sans cesse à reprendre. Nulle civilisation, nulle culture, nulle religion n'y est encore parvenue, et aucune ne peut prétendre offrir un modèle.Y a-t-il des interactions entre la foi de l'historien et sa pratique professionnelle? Non seulement les réponses risquent d'être fortement individuelles, mais il n'est pas très facile de les discerner clairement au fond de soi. Lit-on de même manière les textes de l'Écriture ou des Pères de l'Église selon qu'on est croyant ou pas ? D'expérience de converti, je répondrais : non. La liturgie résonne-t-elle de façon identique chez le pratiquant et le mécréant ? L'essentiel est sans doute de rester conscient du problème et soucieux d'éviter les interférences.Lorsque je commençai à enseigner l'histoire, au lycée, encore frais et zélé converti, mais sincèrement et profondément adepte de l'école laïque, je gardais d'intransigeants scrupules anti-apologétiques pendant les cours qui abordaient l'histoire religieuse, afin de respecter la conscience de mes élèves3. Craignant la tentation de « catéchiser », fût-elle involontaire, je multipliais les explications contradictoires, les nuances, les réserves, au point que, parmi mes élèves (je l'ai su plus tard grâce à des anciens devenus des amis), les moins curieux renonçaient à savoir à quelle religion (et aussi, pour les mêmes raisons, à quel parti !) je pouvais bien appartenir. Les plus motivés m'estimaient agnostique. Ne me sentais-je pas obligé, chaque fois que je parlais de Dieu, de préciser que certains y croyaient et d'autres pas? J'ajoutais, il est vrai, ce qui semble de bonne méthode ethnohistorique, que pour comprendre les croyants de telle ou telle religion, ou les non-croyants d'ailleurs, il fallait :
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