L'Affaire Artaud, journal ethnographique
EAN13
9782213637600
ISBN
978-2-213-63760-0
Éditeur
Fayard
Date de publication
Collection
DOCUMENTS
Nombre de pages
450
Dimensions
23 x 15 x 0 cm
Poids
1060 g
Langue
français
Code dewey
848.912
Fiches UNIMARC
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L'Affaire Artaud

journal ethnographique

De

Fayard

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  • Vendu par Librairie Le Livre.com
    Description
    RO80211689: 02-2009. In-8. Broché. Bon état, Couv. convenable, Dos satisfaisant, Intérieur frais. 678 pages. Couverture contre pliée.. . . . Classification Dewey : 909.04-Ethnologie
    État de l'exemplaire
    Bon état, Couv. convenable, Dos satisfaisant, Intérieur frais
    Format
    In-8
    Reliure
    Broché
    25.80(Occasion)
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La fille placée « en sentinelle »

Un destin posthume

Parmi les amis d'Artaud, ceux qui s'opposent d'emblée à la famille du poète, une personne va très vite se détacher et prendre une importance croissante : Paule Thévenin. Sa fonction sera, d'abord, de fédérer et cristalliser toutes les oppositions à la famille. Gallimard, ensuite, lui confiera l'édition des Œuvres complètes du poète. C'est autour d'elle que se focalisera la défiance des héritiers d'Artaud. Paule Thévenin occupe donc, avec Gallimard, l'éditeur « historique » (voir, plus loin, p. 475) d'Artaud, une place centrale dans l'Affaire.

Qui donc est Paule Thévenin, et quel fut son rôle ? — Née en Haute-Vienne en 1918, Paule Thévenin rencontre Antonin Artaud au début de l'été 1946. Elle a vingt-huit ans, est mariée à un médecin dont elle a une petite fille. Elle vient tout juste d'interrompre des études de psychiatrie. Elle se décrira plus tard comme ne sachant alors comment orienter sa vie.

Les relations d'Artaud et de Paule Thévenin, telles qu'elles ont pu se dérouler du vivant du poète, sont délicates à apprécier. Non certes qu'on ne dispose de récits, de témoignages ! Ces derniers sont au contraire extrêmement nombreux, répétitifs, mais aussi souvent contradictoires. D'autant que le « récit » se substitue peu à peu au témoignage. Très offensive, Paule Thévenin a pris une part importante aux premières attaques vis-à-vis de la famille au lendemain de la mort d'Artaud. Elle dut aussi rapidement répondre aux attaques dont elle-même pouvait faire l'objet (ou croire faire l'objet) lors des procédures judiciaires développées par la famille d'Artaud. Paule Thévenin a donc mené une guerre offensive et défensive. Bien des récits qu'elle a tenus s'inscrivent dans ce contexte. Et l'on peut se demander si vraiment la mémoire est seule en cause ! — Il s'est donc agi pour moi de recouper les témoignages afin d'y relever les éventuelles contradictions. Et de confronter récits et témoignages aux documents dont on dispose.

La rencontre du poète et de la jeune femme date de la fin juin 1946. Mais ces relations entre le poète et la jeune femme se sont, croyons-nous, véritablement nouées durant le séjour qu'Artaud effectue avec Marthe Robert à Sainte-Maxime entre le 14 septembre et le 4 octobre 1946. Le poète vient d'y arriver avec Marthe Robert. Tous deux descendent dans une auberge. Colette Thomas arrive deux jours après avec Paule Thévenin ; les deux femmes logeront à la Nartelle, où se situe la maison de famille de Colette Thomas. Dans la chronologie qu'elle rédige pour Le Magazine littéraire en 1984, Paule Thévenin précise qu'alors « ils peuvent se voir chaque jour ». — Ce qui est vraisemblable. C'est d'ailleurs au retour de ce voyage que Jacques Prevel (le fidèle des fidèles, qui tient au jour le jour un précieux journal où il enregistre tous les événements de la vie d'Artaud) note la présence grandissante de Paule Thévenin (qu'il n'aime pas) auprès du poète. On la voit apparaître, attablée avec Artaud, dans les cafés de Saint-Germain, ou bien venue le voir à Ivry.

On ne trouve antérieurement, dans le Journal de Prevel, guère de traces de Paule Thévenin. Il semble donc bien que ces relations se soient précisées à partir d'octobre 1946. Ce qui a trait à la présence de Paule Thévenin auprès d'Artaud, avant cette date, reste plus flou. On a parfois l'impression que Paule Thévenin a pu étendre rétrospectivement son influence et sa présence à la totalité de la période du retour du poète à Paris, se rendant ainsi indispensable et présente jusque dans les menus détails de sa vie quotidienne. Cela n'a sans doute en soi guère (ou pas du tout) d'importance, mais cela permettait d'accréditer la thèse d'une omniprésence. En tissant la toile d'un très fin réseau : on a le sentiment que Paule Thévenin tisse et entrelace peu à peu les événements de sa propre vie avec ceux de la vie d'Antonin Artaud. Et ce tissage se renforce au fil des ans. Les faits ne furent-ils pas alors quelque peu malmenés ?

Est-ce bien elle, tout d'abord, qui a trouvé la clinique d'Ivry et traité avec le docteur Delmas ? Ou est-ce Marthe Robert, qui s'était déjà antérieurement occupé de Roger Gilbert-Lecomte, lequel avait séjourné dans la clinique d'Ivry, et qui gérait, avec Adamov, le retour d'Artaud à Paris ? Si c'est Paule Thévenin qui a traité avec Delmas, il est curieux qu'elle n'ait pas été présente le jour de l'arrivée du poète à Paris et à Ivry. Il est tout aussi étrange qu'elle n'ait pas évoqué ce point lors de sa première rencontre avec Artaud à Ivry, dans les jours qui ont suivi son arrivée. N'y a-t-il pas eu là reconstruction de l'histoire ?

Elle finira par dire avoir vu Artaud « tous les jours » ! N'est-ce pas quelque peu exagéré ? Il fut pourtant des périodes d'absence où elle ne put voir le poète.
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