Alex-Mot-à-Mots

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Alex L., lectrice compulsive, presque anonyme.
Ayant une préférence pour les bons polars, mais aimant aussi les autres genres (sauf la SF, pitié....)

21 septembre 2022

Marcel Proust

Le Proust est ductile et englobant comme la mer. Lire A la recherche du temps perdu, c’est traverser l’Océan. Et c’est très facile, il suffit d’adapter sa respiration.

J’ai lu La Recherche il y a quelques années en j’en avais aimé ses leitmotivs floraux. Mais je n’avais pas perçu le thème de l’océan.

Charles DANTZIG propose une grille de lecture sur le thème de l’océan, ma foi fort riche : 336 pages.

Bien sûr, il y a de longues citations de la Recherche, mais aussi des extraits plus courts.

J’ai aimé les intitulés de certains chapitres : quelques grands poissons et du fretin – Un pays moustachu.

J’ai aimé les révélations sur de nouveaux sujets (je ne vous dirai pas lesquels) et les absences également.

Une lecture exigeante mais qui m’a fait voir ce Chef d’Oeuvre de la Littérature Française avec un oeil différent.

Quelques citations :

… ce qu’il (le narrateur) avait imaginé était, en partie, exact, et que ce qu’il a découvert ne lui avait été caché que parce qu’il n’avait considérés ces inconnus que sur un plan, celui de la Perfection. L’autrui est plat.

A la recherche du temps perdu est en grande partie le roman des déchéances.

L’unicité du moi est une idée qui nous vient de la prison du corps.

A la recherche du temps perdu est le meilleur des romans de vampire.

Le Narrateur est une bouche ouverte, qui du fond de son Océan tente d’aspirer toute l’affection humaine.

Et tout cela vient de ce que cet être du sexe masculin cherche une chose que ses semblables n’osent pas demander, qu’on ne leur apporte pas, supposément honteuse pour eux, la tendresse.

21 septembre 2022

Japon, thriller

Seiji Hasumiest LE prof d’anglais idéal : impliqué auprès des élèves, sachant les motiver, proche de la direction sans en faire trop, utilisant des méthodes pédagogiques innovantes. Il anime également un atelier de conversation anglaise.

Dès les premières pages, on se prend d’affection pour ce prof adoré de ses élèves.

De tous, sauf d’un petit groupe qui émet des doutes sur sa personne.

Et petit à petit, au fil des pages, on découvre un homme au passé sombre qui cache une personnalité loin d’être lisse.

J’ai aimé découvrir jusqu’où pouvait aller Seiji Hasumi. Et il va loin, très loin.

J’ai aimé la seconde partie en huis-clos dans le lycée, un soir de préparation de fête.

J’ai aimé suivre les différentes réactions des lycéens face au drame.

J’ai aimé que le prof utilise des expressions anglaises dans certaines situations, citations qui sont traduites.

C’est le premier roman de cet auteur japonais ayant reçu de nombreux prix au Japon traduit en français. Et j’espère bien que ses romans précédents et suivants le seront bientôt.

L’image que je retiendrai :

Celle de La complainte de Mackie que chante Seiji Hasumi régulièrement.

21 septembre 2022

Croatie, fait divers

La femme du deuxième étage, c’est Bruna, tout juste mariée avec Frane. le jeune couple habite l’étage au-dessus de la mère de Frane dans la maison familiale.

Mais Frane est souvent en mer pour de longues périodes, et Bruna se sent seule avec sa belle-mère qui fait tout.

J’ai aimé que la tension monte petit à petit : que va-t-il se passer ? Comment va réagir Bruna ?

J’ai découvert la bora, ce vent qui souffle sur l’Adriatique.

J’ai aimé que l’auteur me parle de la Croatie actuelle où les stigmates de la guerre et du communisme ne sont jamais loin. Une Croatie qui se tourne vers l’Occident.

J’ai aimé cette jeune femme qui se débat pour avoir la vie qu’elle veut, son rapport compliqué avec sa mère, et encore plus avec sa belle-famille.

Un roman que j’ai trouvé moins fort que L’eau rouge, le précédent de l’auteur, mais qui m’a passionné tout de même.

L’image que je retiendrai :

Il est beaucoup question de cuisine dans ces pages, à base de tomates, d’oignon, et d’autres ingrédients qui doivent fleurer bon dans la casserole.

Monologue contre l'Identité

Grasset

21 septembre 2022

identité

Delphine HORVILLEUR imagine le fils d’Emile AJAR qui s’en prend violemment à toutes les obsessions identitaires du moment.

Encore une fois, la seule rabbin de France touche juste, et j’ai senti que cette question de l’identité, ou plutôt des identités lui tenait à coeur.

Un texte court mais fort et non dénué d’humour, dont j’ai surligné pleins de passages.

Quelques citations :

Le refus de Gary de se laisser définir par une identité ou une seule définition de soi à beaucoup à voir, à mon sens, avec sa judéité. D’une certaine manière, sa défiance à l’égard de l’identité fait de lui un auteur très juif.

… s’assurer de n’être jamais complétement soi-même, en rendant toute sa place à l’étranger en soi. Savoir ainsi, où que l’on se trouve, qu’on ne sera jamais complètement à la maison.

Parce que le message (d’Abraham) était on ne peut plus clair : Quoi qu’il arrive, hors d’Ur tu es, hors d’Ur tu resteras !

Je suis pour polluer toutes les “identités”. Pour que puisse à nouveau circuler la conscience claire de tout ce que l’existence doit au mélange.

Bref, en hébreu, tu peux “avoir été” et tu peux “être en train de devenir”, mais tu ne peux absolument pas être… ni binaire, ni non binaire, ni homme, ni femme. Tu as été et tu deviendras, mais tu es forcément en plein dans ta mutation. En clair, l’hébreu, c’est la langue des trans.

Un bon traumatisme, ça s’imprime sur plusieurs générations. Ca dégouline sans gêne. Mais si y’avait pas eu la Shoah, on n’aurait jamais pu le savoir. On doit tant à l’Allemagne.

Guillaume Perilhou

Éditions de l'Observatoire

21 septembre 2022

adolescence, transidentité

Le titre est tiré d’une chanson de Lou Reed “Kill your sons” sortie en 1974. Cette chanson, comme le roman, parle de HP et de fils en danger.

Guillaume est un adolescent qui a subit les attouchements de son père et dont la mère ne sait pas s’occuper de lui.

Guillaume se sent fille à l’intérieur, aime jouer à la poupée et s’habiller en fille.

Mais ses crises d’angoisse vont l’emmener à l’hôpital psychiatrique en unité adulte.

J’ai préféré la seconde partie qui décrit le quotidien de Guillaume, son amitié avec Clément, un ado anorexique.

J’ai trouvé ces deux personnages bien seul dans cet hôpital, avec des traitements uniquement médicamenteux.

J’ai eu de la peine pour Raffaella, le double féminin de Guillaume qui disparait peu à peu. Elle était flamboyante Raffaella, pleine de vie.

L’auteur laisse deviné l’origine de la souffrance de son personnage.

Un premier roman doux-amer sur un amour impossible.

Une citation :

Les psychiatres ont l’assurance apparente des curés, les mains sèches et le pas lent, un pouvoir canonique. (p.78)

L’image que je retiendrai :

Celle de Guillaume empruntant des bijoux pour faire vivre Raffaella.