L'ODYSSEE D'HOMER... J. SIMPSON

En attendant Robert Capa

Héloïse d'Ormesson

14,30
3 janvier 2011

Avec "En attendant Robert Capa", Susana Fortes s’est emparée d’une histoire vraie : celle de Robert Capa et de Gerda Taro, deux photographes de guerre, deux personnages hors du commun. Elle nous fait vivre la vie d'une héroïne dans toute sa complexité de jeune femme juive en des temps meurtriers, fascinée par la guerre et avide de s’accomplir en tant que photographe... au mépris de sa vie !

L'histoire commence à Paris, dans les années 30, autour des cercles intellectuels de la rive gauche, avec des militants de toute l’Europe qui ont fui le fascisme émergeant de leur pays. On fait connaissance avec la jeune immigrée Gerta Porohylle et un autre réfugié juif venu de Budapest, André Friedmann. Ce dernier, photographe passionné, va l'initier à son art. L'héroïne va alors vivre une vie qui n'est pas la sienne.

Au fil des pages, entre intrigues politiques et amoureuses, on suit le quotidien des deux photographes devenus amants. Faute de commandes, ils vont jusqu'à s'inventer un personnage, ils vont se dédoubler, devenir un autre, jouer un rôle : lui devient Robert Capa, un photographe américain triomphant et audacieux, elle devient photographe et "agent" sous le nom de Gerda Taro, en hommage à l'actrice Greta Garbo. Leur destinée va les conduire en plein cœur de la guerre d’Espagne où Gerda perdra la vie et Capa, son grand amour.

Minutieusement documenté, le roman de Susana Fortes est une belle réussite. Triste sans toutefois tombée dans la mélancolie, l'histoire est captivante et portée par une écriture juste et précise. Une fresque historique qui réussit parfaitement à faire dessiner la grande Histoire derrière la petite.

A noter que ce roman, traduit en douze langues et déjà best-seller, sera bientôt adapté au cinéma par Michael Mann, avec Eva Green dans le rôle principal.

La reine Alice
26 décembre 2010

Drôle de concept que cet hommage "pas si discret que cela" à Lewis Carroll et son "Alice aux pays des merveilles".

Atteinte d'un cancer, Alice, l'héroïne, passe de l'autre côté du miroir... Irréversiblement, elle entre dans une autre dimension. Son cheminement face à la maladie (chimiothérapie, irradiation et convalescence) lui fait perdre ses repères. Elle ignore qui elle est à présent. En traversant le miroir, elle saisit l'occasion "d'échapper à la fatalité par la magie d'une pirouette qui brouille les frontières entre réalité et fiction". Elle y rencontre le ver à soi, le lapin blanc, la reine de coeur... Des méchants et des gentils qui l'épaulent, la déstabilisent... Son seul souhait : "Devenir insensible à la souffrance, se mettre hors circuit". Son but : "Durvivre, tout simplement survivre", malgré le sentiment d'impuissance, de ne rien maîtriser. Voilà le récit d'un impossible voyage dans lequel "la reine Alice" se met entre parenthèses, loin du monde, proche d'elle. Bien qu'impuissante, elle expérimentera "la quintessence d'elle-même"... pour tenter de se métamorphoser.

Féroces
5,00
20 décembre 2010

Les secrets de famille sont souvent les secrets les mieux gardés au monde. C’est ce que souligne l’écrivain américain Robert Goolrick dans son roman « Féroces », un ouvrage intense et impitoyable.

Le livre est envoûtant. Le récit est poignant ; l'écriture, crue ; le langage, violent. Des passages sont certes drôles mais d'autres sont terriblement tragiques. On rit, on s'émeut, on pleurerait presque... Le jeune Robert Goolrick se met à nu en prenant le risque de tout perdre... Ce qui est terrible, ce sont ces apparences à conserver, toujours, pour préserver l’image si belle et si élégante de cette famille modeste mais "modèle", malgré le prix à en payer.

A lire absolument, tant ce récit ne peut laisser indifférent.

Blanc comme la nuit
11 décembre 2010

Tout commence par une macabre découverte : le corps d'un homme pendu, tel un "épouvantail sur une potence", un masque de clown sur le visage. Un meurtre maquillé en suicide. Un inconnu. Personne ne semble le connaître à Biddista, paisible petit village des Shetland. L'enquête s'annonce délicate pour le policier du coin, Jimmy Perez. D'autant qu'un nouveau mort, enfant du pays, sera prochainement à déplorer et que des ossements "plutôt récents" vont refaire surface... Quel est le lien ?

Au fil des pages, dans une drôle d'atmosphère - des nuits blanches car le soleil ne se couche jamais du fait de la proximité du cercle polaire - on suit, pas à pas, les investigations. Les différents protagonistes et leurs personnalités se révèlent. Qui est le coupable ? Tenace, l'inspecteur mettra tout en œuvre pour découvrir ce qui s'est passé, remonter le temps et faire ressurgir des histoires passées... Cette communauté shetlandaise est-elle aussi idyllique qu'elle y paraît ?

L'étouffoir
1 décembre 2010

Exotique et empreint d'humour, ce polar australien est captivant. L'héroïne, Frances "Dusty" Buchanon, est attachante. Elle est inspectrice de police et bosse à Darwin, ville située au nord de l’Australie.

Alors qu'elle se voit retirer une affaire de meurtre sur laquelle elle planchait depuis un bon moment, elle ne va pas se laisser abattre : tenace et futée, elle décide d'enquêter, en solo et en catimini de sa supérieure, dans le bush, près d’un camp de vétérans du Vietnam. On y aurait vu un cadavre dans le billabong, la mangrove locale peuplée de crocodiles... Un corps immergé qu'elle voit de ses propres yeux mais qui disparaît avant que la police scientifique n’arrive...

Commence alors sa quête de vérité où elle va côtoyer des stars du foot australien, des prostituées asiatiques, un "pisteur" aborigène... Une enquête qu'elle mène avec des méthodes peu académiques, au sein des différentes communautés qui peuplent l'Australie, alors que la saison est étouffante (d'où le nom du roman) et que la population attend avec impatiemment les premières pluies...