L'ODYSSEE D'HOMER... J. SIMPSON

Un monde sous surveillance
9 novembre 2010

The Guardian présente ce roman comme "un vrai thriller du XXIe siècle", et c'est en effet le cas. L'Australien Peter Temple propose une intrigue complexe et passionnante qui met en scène une kyrielle de personnages gravitant entre Johannesburg, Londres, Hambourg et le Pays de Galles.

L'histoire s'organise autour d'une cassette vidéo dont les images montrent un massacre perpétré dans un village africain par des soldats de l'armée américaine... Cette cassette tombe entre les mains de Con Niemand, un ancien mercenaire reconverti en garde du corps. Ce dernier comprend que ce "témoignage" vaut de l'or et cherche à le monnayer au plus offrant... Mettant sa propre vie en jeu. De son côté, John Anselm, un ancien journaliste reconverti en enquêteur pour une société de surveillance, va se retrouver, malgré lui, mêlé à cette affaire. Tous deux vont être confrontés à des individus sans scrupules, prêts à tout pour effacer les preuves...

Entre manipulation, trahison, secret, traumatisme et destin personnel, la construction du roman est excellente. D'un pays à l'autre, d'un protagoniste à l'autre, les morceaux du puzzle s'imbriquent et l'intrigue gagne en intensité. Petit bémol : la lecture requiert de la concentration, tant il y a des personnages impliqués.

No Life

XO éditions

2 novembre 2010

Un lieu : Paris, dans un futur plus ou moins proche.
Un héros : un jeune homme de 35 ans, drogué de pixels (ordinateur, télévision, téléphone...), fan de jeux vidéo en ligne et souvent déprimé. Un "No life" en puissance !
Son souhait : changer de vie !
Seul hic : "Changer de vie, c'est souvent comme ça que naissent les problèmes", lui dit son voisin.

Et des problèmes, le jeune héros va en avoir à la pelle : cambriolage, meurtres, arrestation, course-poursuite, espionnage... De l'action, des rebondissements, des mensonges, de l'amitié, une pointe d'amour : tous les ingrédients sont réunis dans ce polar futuriste pour tenir le lecteur en haleine. Entre réel et virtuel, le monde ne semble pas tourner rond. Mais il est dangereux d'avoir un éclair de lucidité, quand on s'en prend à ceux qui tirent les ficelles. La conspiration est en marche. "Big Brother" est parmi nous et nous ne sommes que des marionnettes !

Un excellent premier roman, décalé, haletant et subtil.
A lire au plus vite... et à adapter sur grand écran !

Mes prix littéraires
28 octobre 2010

Ne connaissant pas l'œuvre de Thomas Bernhard, quelques recherches s'imposaient. Né en 1931 aux Pays-Bas, cet écrivain et dramaturge au style singulier, misanthrope, vivait une relation d'amour et de haine avec sa patrie. Après avoir connu le succès critique dès ses premières publications dans les années 60, il est considéré comme un des auteurs les plus importants de la littérature germanique d'après-guerre.

Sa carrière est émaillée de scandales, certains délibérément provoqués par l'auteur, et parfois liés aux nombreux prix littéraires que l'Allemagne et l'Autriche s'acharnaient à lui remettre. Il est mort en 1989. Aujourd'hui, il est unanimement considéré comme un des plus grands prosateurs de langue allemande.

La publication de "Mes prix littéraires" en Allemagne, pour le vingtième anniversaire de la mort de l'écrivain autrichien, a été salué comme un événement. Inédit jusqu'à aujourd'hui, ce petit volume de textes achevé en 1980 réunit neuf récits de remises de prix et les discours de réception correspondants. Des textes à la fois caustiques, poétiques, drôles, mordants et violents.

Comme la France, l’Allemagne et l’Autriche ne sont pas avares de prix littéraires. Malgré les horreurs que Thomas Bernhard a écrites sur son pays, ses concitoyens, ses institutions, l'écrivain autrichien a souvent été le lauréat de prix littéraires, prestigieux ou dérisoires. Des distinctions qu'il a acceptées... parce qu’elles étaient accompagnés de sommes d’argent dont il avait besoin. A neuf reprises, Thomas Bernhard s’est donc prêté à la "mascarade" de la remise officielle et pompeuse de prix. L'écrivain est agacé, amusé, amer, désabusé, sarcastique, heureux, furieux contre lui-même... A la première cérémonie, on ne le reconnaît pas. A la suivante, on le présente comme "Madame" Bernhard. Une autre fois, il manque de ce se faire frapper par le ministre de la Culture, avant qu'une autre cérémonie ne soit tout bonnement annulée. Le livre présente ainsi le récit de toutes les humiliations consenties par Thomas Bernhard.

Les taupes
9,26
22 octobre 2010

Troublant. Voilà le qualificatif le plus adéquat qui me soit venu à l'esprit tout au long de la lecture de "Les taupes", premier roman de l'Argentin Félix Bruzzone.

"Les taupes", un titre intriguant. Les taupes, los Topos, désigne ceux qui, sous toute latitude, dénoncent, accompagnent, vivent sous les gouvernements autoritaires et dictatoriaux.

Le récit est surréaliste. Le narrateur, un fils de disparus de la dictature argentine, part à la recherche d'un frère qui serait né alors que sa mère était captive dans un centre de torture... Le jeune homme est confronté à la rupture avec sa petite amie (enceinte mais qui veut avorter), à la mort de sa grand-mère, à la mise en vente de l'appartement où il a été élevé et à sa rencontre avec un mystérieux travesti dont il va tomber amoureux. Autant de situations qui le poussent à la dérive, entre Buenos Aires et Bariloche, au pied des Andes.

A travers la recherche de son passé, de cet hypothétique frère et de sa propre identité sexuelle, le narrateur, mal dans sa peau, déprimé, part dans des délires paranoïaques. L'errance va peu à peu le marginaliser jusqu'à ce qu'il finisse dans les bras d'un homme, violent parfois, adepte d'injures envers les homosexuels mais attentionné et aimant...

Une étonnante quête initiatique, pour le moins politiquement incorrecte, dans un monde on ne peut plus glauque. Et pourtant, on se prend d'affection pour ce jeune homme perdu et on espère d'heureuses retrouvailles familiales...

En cuisine
12,00
2 octobre 2010

Avec "En cuisine", Monica Ali plonge le lecteur dans le melting-pot des cuisines d'un grand restaurant londonien, l'hôtel Imperial. On y suit la vie du chef des cuisines, Gabriel Lightfoot, alias Gabe, qui doit composer quotidiennement avec des travailleurs immigrés interchangeables, une sous-chef généreuse mais envahissante, un patron excentrique affublé d'un assistant "scribouillard"...

Les descriptions derrière les fourneaux sont d'ailleurs précises, permettant de s'imaginer au sein-même de la brigade.
Gabe doit, en parallèle, gérer sa situation avec une petite amie chanteuse, son attirance pour la mystérieuse Lena, une fille de l'Est en perdition, et sa relation conflictuelle avec un père mourant. Un fragile équilibre qui va se fissurer petit à petit : suite à la découverte d'un corps - celui d'un plongeur ukrainien - dans les sous-sols de l'établissement, Gabe va prendre conscience que ses cuisines cachent bien des secrets (trafics en tout genre, prostitution, chantages, violence...).
Entre une projection vers un avenir indécis et la remémoration de ses souvenirs d'enfance, le cuistot veut connaître la vérité. Mais cette mort mystérieuse va lui faire "péter un plomb", tout ce en quoi il avait cru jusqu'ici partant à vau-l'eau...
Une remise en question bien rythmée dès les premiers chapitres mais qui se perd, peu à peu, dans quelques situations plus invraisemblables les unes que les autres... Dommage, l'histoire s'annonçant prometteuse.